Marguerite Piard notre nouvelle muse

Marguerite Piard est notre nouvelle muse. Etudiante aux Beaux-Arts de Paris, elle s’adonne à la peinture, une pratique qui stimule son imagination et qu’elle combine à son activité de mannequinat. Une particularité qui lui permet d’approfondir ses questionnements sur le corps de la femme aujourd’hui et de les retranscrire avec brio sur la toile. A l’occasion de la marche organisée à l'appel du collectif #NousToutes qui s’est tenue avec émotion, samedi dernier rassemblant des milliers de femmes à Paris et dans d’autres villes de France, nous souhaitons faire résonner ses mots pour qu’ils soient porteurs de toute une génération. Pour Body&Clyde, elle s’est confiée en toute sincérité…

Le jour ou la nuit, quel moment est-il le plus propice à la création ?

Le jour ! J’ai besoin de beaucoup de sommeil mais j’aime me lever tôt et travailler avec la lumière du jour qui passe.

Que fais-tu lorsque tu es en panne d'inspiration ?

Souvent je m’énerve et parfois je pleure ;) 

Je lis, j’ouvre un livre, je vais voir une expo, je discute de cette panne avec des amis mais surtout j’essaie de faire des choses différentes de ce que j’ai l’habitude de faire en peinture, je change de médium, j’expérimente.

Pourquoi cette obsession pour le corps de la femme ? 

Premièrement et très simplement car je suis une femme ! Et mon corps comme beaucoup d’autres femmes je pense, me pose beaucoup de questions, notamment sur la liberté du corps et la peur du regard de l’autre. 

Je suis par ailleurs souvent happée par la beauté de certaines femmes, leur corps, leur douceur, leur mystère et leur histoire qui me donne envie de les peindre. Lorsque je peins un homme, il est forcément avec une femme, ils forment un couple d’amoureux. Je donne parfois un tout petit peu de place aux hommes dans ma peinture mais alors ils sont doux et tendres! ;)

Comment sont les femmes que tu peins ?

 Elles sont presque tout le temps nues ou en maillot. Souvent seules ou seules ensemble -entre femmes, elle ne craignent pas le regard (pervers) de certains hommes quasi inexistants dans mes peintures et ne se comparent pas avec d’autres femmes. Elle s’abandonnent dans l’eau, s’étalent le dos courbé, les cuisses ouvertes et laissent le temps passer sans se soucier de quoi que ce soit ou de l’apparence qu’elles renvoient. Elles sont dans ces positions qui vont à l’encontre de l’image de la femme belle véhiculée par les médias.

Si les espaces dans lesquels elles se libèrent semblent être des îlots de tranquillité ou même des espaces refuges, j’aime rappeler dans certaines de mes peintures que le danger n’est pas toujours très loin. Je m’amuse à intégrer des petites « métaphores picturales » comme des méduses aux chapeaux phalliques, des oursins aux pics aiguisés sous les pieds de nageuses, des animaux comme un paon qui s’approche près d’un femme et qui vient picorer des moules ouvertes.

C’est quoi une vraie femme selon toi ?

Une femme qui doute. Une femme avec ses faiblesses, sa douceur, sa bienveillance. C’est aussi une femme qui se bat et qui ne se soumet pas. Une femme qui choisit ou non d’être féminine. 

Une femme qui rit et qui n’a pas honte. Une femme qui vit sa vie pour elle.

Comment combines-tu au quotidien ton activité d’artiste et de mannequin ?

Je peins la plupart du temps c’est le plus important et quand je suis en shooting j’en profite aussi pour penser à ce que je vais peindre ! J’arrive très bien pour l’instant à gérer mon temps avec les deux. Le mannequinat me permet de rencontrer de nouvelles personnes créatives, avec qui on parle souvent aussi des diktats liés au corps. Cela m’intéresse beaucoup et je pense que même si les deux représentations du corps de la femme (celle des pub et celle des femmes que je peins) sont très différentes, cela me questionne et nourrit ma peinture.

En quoi la sororité stimule-t-elle ta pratique artistique ?

Partager les mêmes inquiétudes et les dire entre nous, nous permet de mieux s’en libérer. Mes inquiétudes, je m’en détache aussi en peignant les femmes qui m’entourent. 

J’ai la chance de pouvoir faire poser ma sœur très souvent. Premièrement, cela me permet de pouvoir m’exprimer sans prendre de pincettes vu que nous sommes très proches et qu’elle a confiance en moi. Je peux lui demander de poser de telle ou telle manière et elle se prête au jeu parfaitement. Je lui donne mon intention première: par exemple je lui dis que je voudrais une pose de femme sur un plongeon, alors elle se met sur un tabouret et enchaîne différentes poses (plus ou moins drôles!). Cela peut être délicat avec d’autres modèles car ça touche à une certaine pudeur qu’il faut aussi respecter. Faire poser ma sœur me permet d’avoir souvent de nouvelles images à peindre et aussi de travailler en série. 

Qu’est-ce qui te plait chez elle ?

 J’aime chez elle son corps de femme (ses hanches, ses seins, ses formes) et son visage d’enfant, son petit nez en trompette, ses taches de rousseur, ses baby hair. Elle est la femme enfant que j’aime peindre.

Que penses-tu du body positivisme qui pousse les femmes à de plus en plus s'accepter comme elles sont, à apprendre à vivre avec leurs complexes et à se défaire des diktats de la beauté ?

Parfois, je me demande si ce n’est pas un simple coup de pub même si c’est déjà bien… Ce sera génial le jour où ce sera égalitaire, où il y aura autant de modèles aux physiques entre guillemets « normaux » auxquels on peut toutes s’identifier que de filles maigres, menues, petites, avec beaucoup de formes ou mêmes des filles aux carnations différentes. Quand on en voit défiler ou poser, pour certaines marques, on a l’impression que c’est limite pour ne pas qu’on leur reproche qu’il n’y en ait pas . Ca devrait se faire naturellement, être un mix égal !

Plus largement, qu’est-ce que ça signifie pour toi d’être une femme en 2019?

C’est être une femme qui n’accepte plus de ne pas être traité à l’égal de l’homme. C’est continuer le travail de celles qui se sont battues avant nous. C’est accepter son corps sans en avoir honte et ne laisser personne ou le juger ou lui manquer de respect.

 

Propos recueillis par Pauline Weber

 

 

 

 

 

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