Rencontre avec Lisa Wisznia

Lisa Wisznia a déjà eu mille vies. Comédienne, elle a formé il y a quelques années le duo Eléphant avec François Villevielle et son album inoubliable qui répond au doux nom de « Collective mon amour ». Aux côtés de Claire Assali, elle a adapté sur scène le livre coup de poing de Camille Emmanuelle « Sexpowerment » rappelant entre confidences et autodérision que « le sexe ce n’est pas ça ou ça, c’est ce qu’on veut ! ». Suivant son instinct et son grande sensibilité, elle a réalisé son premier film « Un volcan » et a donné naissance à un podcast baptisé « La vulnérabilité ». On a parlé en toute intimité alors qu’elle s’apprête à donner la vie… 

 

Chez Body and Clyde, on croit beaucoup à une féminité sans artifice, décomplexée, spontanée. On veut du sexy confortable. On n’hésite pas à rire de nous-même. Et toi Lisa, quelle est ta vision de la féminité ?

À peu près la même que celle de Body & Clyde. Pour moi féminité rime forcément avec liberté, c’est mon obsession la liberté, d'être, de faire. Du coup ça passe aussi par la spontanéité et la dérision. Et donc en terme de sous vêtements, je me prends vraiment pas la tête, parfois même il m’arrive de porter des culottes un peu moches mais confortables, je crois qu’on peut être sexy dans n’importe quoi à vrai dire, tout dépend de notre état d’esprit et de comment on se sent dans ses pompes. 

Plus largement, qu’est-ce que ça signifie pour toi d’être une femme en 2020 ?

Être une femme en 2020 c’est sans cesse chercher et trouver l’équilibre entre 1000 sensations, 1000 émotions, 1000 rêves. C’est avoir la sensation que tout est possible de plus en plus, grâce à la parole qui se libère de partout. Je sais qu’il y a encore énormément de femmes en souffrance, empêchées et emprisonnées dans leurs vies mais cette parole que les femmes prennent de plus en plus permets doucement un grand changement invisible. J’ose l’espérer.

De mon côté en ce moment je me sens dans une bulle car je suis enceinte et je me sens un peu coupée du monde extérieur, en 2020 j’accouche de mon 1er enfant donc une nouvelle facette de moi va jaillir, je verrai bien ce qu’elle exprime. 

Qu’est-ce qui fait que l’on se sent bien dans un vêtement selon toi ?

Selon moi il est bon déjà de se sentir bien à l’intérieur pour se sentir bien à l’extérieur, et je sais que ce n’est pas toujours simple, mais pour moi c’est la base de tout, l’amour de soi. Par ailleurs, je suis convaincue que les vêtements peuvent aider à se sentir bien, qu’ils peuvent avoir un bienfait thérapeutique. Ce qui fait que l’on se sent bien dans un vêtement c’est qu’on se sent belle, mais belle de partout, pas juste physiquement, c’est surtout un truc d’énergie. 

En quoi les arts du spectacle ont-ils changé ton rapport au corps ?

Quand j’ai commencé à m’intéresser au sujet de la sexualité à travers la création de mon spectacle Sexpowerment, je me suis rendue compte que la nudité chez la femme était un sujet complexe. Sur les réseaux sociaux une femme n’a pas le droit de poser seins nus, n’a pas le droit de montrer ses tétons, elle doit les flouter si elle veut pas se faire effacer sa photo. Alors qu’un homme oui, il a le droit de poser torse nu. Tout ça parce que les seins d’une femme sont forcément connotés comme « sexuels ». Je trouve ça fou. J’ai alors commencé à aborder ces sujets sur Instagram et j’ai pris conscience que les femmes n’osaient pas être seins nus sur la plage, par exemple, non pas parce qu’elles n’en avaient pas envie mais parce qu’elles avaient peur de passer pour des « putes » ou de choquer. Suite à mes posts, j’ai reçu des messages de femmes me disant « Merci d’avoir abordé ce sujet ! J’ai osé me baigner seins nus dans la mer et ça m’a fait un bien fou ». 

Amen ! 

La maternité te fait-elle peur ? Comment t'es tu préparée à ce grand changement dans ta vie ?

 Ce qui me fait peur dans la maternité c’est l’idée qu’une femme qui est mère perdrait sa liberté. Et c’est une croyance limitante, du moins, j’ose l’espérer.

 J’ai toujours voulu avoir des enfants, c’est quelque chose de viscéral chez moi, depuis longtemps, pourtant, le jour où j’ai appris que j’étais enceinte, ma première réaction a été la peur, de perdre ma liberté. Je sais que beaucoup de femmes ont cette peur, je sais aussi que ce n’est pas chose facile d’élever un enfant mais j’entends aussi autour de moi combien ce rôle de parent est fascinant et fait grandir et donne de la force et je trouverai ça bien que des parents prennent plus la parole à ce sujet. Je suis sure que devenir mère peut donner de la force supplémentaire, que ça peut permettre de se déployer en tant que femme. Que ça fatigue mais que ça donne aussi de l’énergie en plus. 

Comment vis-tu la grossesse ?

Elle me mets  face à de nouvelles sensations, à de nouveaux challenges, celui de ne rien faire par exemple, d’accepter de ne pas avoir de boulot, de ne pas avoir de projets. Je suis du genre à avoir peur du vide, peur d’un agenda vide, peur de ne pas être tout le temps en train de créer, et puis cette peur est liée au regard de l’autre aussi « j’existe car je fais » , donc c’est hyper intéressant d’être confrontée à cette nécessité de ralentir, ça me pousse a expérimenter des endroits nouveaux de moi même. Qu’est ce qui se passe si d’un coup tu n’as plus à faire ? Mais juste à être ?  Du coup je chemine avec ça, je lis des livres, je vais chez un psy, je m’interroge, j’interroge les autres, voilà comment je me prépare. Mais en vrai y’a pas tellement besoin de se préparer, y’a à le vivre, je crois. 

Que penses-tu du body positivisme qui pousse les femmes à de plus en plus s'accepter comme elles sont, à apprendre à vivre avec leurs complexes ?

Je pense que c’est génial ! Et que c’est une révolution nécessaire, formidable. C’est la clé de tout. Et de l’amour de soi aussi. 

Qu’est-ce qu’être belle naturellement selon toi ?

C’est s’aimer soi même. Et je le répète, c’est pas facile. Mais l’amour de soi pour moi c’est le plus beau remède à la beauté, c’est la plus belle crème de jouvence. C’est s’accepter comme on est, s’accueillir soi même avec amour, c’est aussi s’autoriser le meilleur pour soi même, c’est vivre des relations avec des gens qui nous font du bien. 

Peut-on encore rêver aujourd’hui ?

Bien sûr ! Sinon on meurt.

Comment imagines-tu le monde de demain ?

 Avec une parole qui se libère chaque jour de plus en plus et une conscience qui grandit en chacun de nous. On peut s’imaginer le pire et sombrer ou bien on peut œuvrer pour plus de conscience, plus de douceur, de bienveillance, de résilience. Mais ça commence forcément par soi même. 

 

 

Propos recueillis par Pauline Weber

 

 

Lisa Wisznia

 

 

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