Marion Seclin

 

Rencontre.

Actrice, chroniqueuse, réalisatrice, Marion Seclin alias Elle Mady a plus d’un tour dans son sac. Youtubeuse avertie avec une chaine en son nom lancée en janvier dernier, on l’a entre autres connu à travers sa participation aux vidéos du Studio Bagel, madmoiZelle et Unicorn. A la rentrée, on la retrouvera sur Pickle TV dans une série qu’elle a écrite et dans laquelle elle joue mais aussi tous les samedis à 12h40 à partir d’octobre, dans l’Emission « Cette Semaine Madame » sur Canal +. Mais avant cela, nous l’avons rencontré pour parler féminisme, sexisme et body positivisme.

Chez Body & Clyde, on croit beaucoup à une féminité décomplexée, spontanée. On veut du sexy confortable. On n’hésite pas à rire de nous-même.  Ca te parle ?

Oui ! J’aime le côté second degré sur soi-même, le côté « j’assume mes failles ». Pour moi, ce qui compte dans la féminité, c’est la liberté de choisir comment l’exprimer sans pression.


Est-ce que tu as senti une évolution ces dernières années ?

Oui, j’ai l’impression que les regards sur les femmes vont de mieux en mieux. Elles sont entendues. Il y a un changement personnel mais aussi sociétal.

Est-ce qu’on aurait pas déplacé le problème avec l’avénement des réseaux sociaux ?

Pas tout à fait. Les réseaux sociaux ont en effet donné naissance à une sorte de vitrine de la femme parfaite mais ils ont aussi permis à d’autres femmes qui n’étaient pas parfaites – car aucune femme ne l’est particulièrement – d’avoir une voix. On est allé plus loin dans la perfection mais aussi dans les imperfections, ce qui a ouvert le champ des possibles.

La femme parfaite, une utopie ?

Oui car on a trop voulu mettre la femme dans des cases, en lui disant que faire pour y arriver alors qu’être parfaite c’est se sentir bien tout simplement.

Justement, qu’est-ce qui fait que l’on se sent bien dans son corps, dans un vêtement, dans sa tête ?

C’est un travail de longue haleine que malheureusement on arrive à atteindre que vers la fin de notre vie (rires). Ce sont des étapes à franchir ! Pour ma part, je ne m’aime pas aujourd’hui comme je m’aimais quand j’étais ado. J’ai appris à m’aimer davantage. Pour cela, il faut déconstruire ce qu’on nous a appris, ouvrir les yeux sur ce qui nous entoure, sa diversité plutôt que sur nous-même, arrêter de se concentrer sur les femmes de magazines pour regarder la réalité en face, réaliser que nous sommes toutes belles à notre manière. C’est bien aussi d’observer les garçons car ils peuvent jouir de cette liberté là.


Mais la pression physique pour un garçon est moins forte qu’on le veuille ou non…

Complètement ! Cela ne les a pas forgé comme ça pu forger toute une génération de femmes. Dans mon entourage, le pourcentage de femmes qui ont eu recours à la chirurgie esthétique par rapport aux hommes est énorme et ce n’est pas un trait de caractère ou un facteur biologique… Quand je dis de regarder les hommes c’est pour prendre conscience à quel point pour eux, c’est accessoire et essayer de s’en imprégner.

Comment parvient-on à se réconcilier avec son corps ?

En prenant conscience que les gens ne nous voient pas du tout comme nous, on se voit. On est tous hyper durs avec nous-même et on devrait être aussi doux avec soi qu’on l’est avec nos amis. Je crois beaucoup au pouvoir de persuasion que l’on peut avoir sur nous-même. Pour m’aimer et m’accepter comme je suis, j’ai du faire semblant, me faire croire certaines choses.

Comme quoi par exemple ?

Comme me montrer sur les réseaux sociaux, avoir un discours d’acceptation de soi… Je ne dis pas qu’au début je n’y croyais pas du tout mais à force de le revendiquer, j’ai fini par le croire très fort. En se répétant tous les matins « tu es belle », le cerveau l’assimile. C’est un muscle ! Il prend l’habitude. C’est une confiance à prendre : essayer d’être avec soi notre meilleure amie plutôt que notre pire amie. Comprendre qu’on est pas assez longtemps sur terre pour s’encombrer de choses qui nous plombent. Il faut se concentrer sur ce qui est joli, sur ce qui fonctionne, se féliciter.

Quels types de complexe as-tu pu avoir ?


J’étais très maigre adolescente. On me demandait souvent si j’étais anorexique. Cela a développé chez moi des troubles du comportement alimentaire que je n’avais pas à la base. Mon père me répétait souvent que je n’étais pas une vraie femme. Mais c’est quoi une vraie femme au juste ? On n’arrête pas de dire que les femmes de magazine ne sont pas de vraies femmes mais pourtant, elles existent ! On m’a aussi souvent reproché d’avoir une petite poitrine que ce n’était pas jolie, de ne pas me tenir droite. Je suis assez grande et c’est vrai que j’avais tendance à me tenir un peu courbée pour ne pas dépasser les autres. On me parlait de mes poils qui personnellement ne me dérangeaient pas mais ont fini par le devenir à force de remarques. Heureusement, je me suis détachée de cela mais j’ai quand même cédé à certaines injonctions. Je me suis rendue compte que les complexes ne dépendaient pas de la réalité. Peu importe d’où tu pars, ça dépend de ta sensibilité en tant qu’individu. On ne devrait pas se permettre de faire des remarques. On n’est pas en tant que femme juste destinée à plaire. Je dis pas que ce n’est pas sympa de plaire mais je commence à en avoir marre de ces gens qui donnent leur avis.

Certes, mais nous vivons en société donc nos choix sont aussi dans une certaine mesure conditionnés par notre relation à autrui, tu ne crois pas ?

Bien sur car on suit une mode etc. mais les gens que l’on ne connait pas et qui nous donnent leur préférence, c’est déplacé je trouve. Les mecs se donnent trop souvent la permission de nous dire ce qui leur plait, ce qui ne leur plait pas. Ils viennent trop facilement toucher notre intimité en nous considérant comme des objets plutôt que des sujets. Puis ils manquent très souvent d’empathie.

Plus largement, qu’est-ce que ça signifie pour toi d’être une femme en 2018 ?

C’est prendre le pouvoir de sa propre vie, se dire que l’on est des êtres humains extrêmement divers et qu’il faut réussir à prendre le contrôle là dessus. C’est être une personne avant tout.

Et le body positivisme, qu’en penses-tu ? Pourquoi aurait-on besoin d’inventer un terme pour rappeler aux femmes qu’il est sain et normal de se défaire de ses complexes et des diktats de la beauté ?

C’est vrai que c’est agaçant mais c’est une sorte de passage obligatoire. Aujourd’hui, il y a le body positivisme parce qu’on est sur Instagram, bientôt on en rira mais avant de s’en foutre assez fort, je crois que c’est bien d’avoir un mot. C’est comme l’apparition du terme « sororité », on a envie de rétorquer « oui c’est juste de la solidarité entre femmes, laissez-moi » mais c’est important de se le rappeler pour être soudé ensemble avant de s’en battre vraiment les ovaires. Ca m’a servi aussi de me dire que je n’étais pas seule, de ne plus entendre les critiques comme des critiques mais comme de simples observations.

Propos recueillis par Pauline Weber