Rencontre Danse

Fanny Sage

A seulement 28 ans, Fanny Sage a déjà un beau palmarès derrière elle. Elle a dansé pour les plus grandes marques à l’image de Nike, Nina Ricci, Cartier, Valentino, Lancôme mais s’est aussi immiscée dans les clips vidéo de Stromae, Placebo, Zazie et a fait ses premiers pas dans le cinema. Artiste à part entière, elle est également chorégraphe, modèle, performeuse et passe d’un univers à l’autre avec une aisance folle. On a parlé ensemble vêtements, rapport au corps, féminité et maternité.

Chez Body and Clyde, on croit beaucoup à une féminité sans artifice, décomplexée, spontanée. On veut du sexy confortable. On n’hésite pas à rire de nous-même. Et toi Fanny, quelle est ta vision de la féminité ?

Elle passe par un fort sentiment de liberté. Au cours d’une journée, je suis embrassée par différentes énergies à travers mon corps, ma façon de vivre, mes vêtements. J’ai besoin de me sentir à l’aise avec ce que je porte. Etre féminine, c’est se sentir soi, c’est pouvoir traverser toutes ces humeurs sans artifices.

Quels types d’artifices ?

Ca serait me sentir prisonnière, avec des accessoires qu’il faudrait rajouter, enlever comme des ceintures…

Justement ce sont des choses que la mode impose parfois…

Complètement. Mais il est possible s’en extraire en ne s’imposant rien, en créant en fonction de soi. Je n’essaie pas de cacher ce qui me déplait mais plutôt de mettre en valeur ce que j’aime.

Quelles sont tes matières de prédilection ?


J’aime la douceur du coton, la fluidité, la transparence.
 Mon petit secret c’est de montrer de manière suggérée, en portant par exemple un body tee- shirt sans soutien gorge.

Plus largement, qu’est-ce que ça signifie pour toi d’être une femme en 2018 ?

J’ai eu la chance de naître à une époque où les choses ont beaucoup changé grâce à des femmes comme Simone Veil, une époque où la femme est à l’égalité de l’homme. D’ailleurs, je me refuse à mettre la femme au dessus de l’homme. Ca n’a pas de sens, pour la simple et bonne raison, que j’ai en moi une partie féminine, une partie masculine, une partie enfant, un côté très maternel et tous ces aspects là, j’ai envie de les faire exister.

Et dans un milieu artistique ?

On est jugé différemment. En tant que chorégraphe, par exemple c’est plus facile d’être un homme qu’une femme, parce c’est quelque chose qui est lié au pouvoir… Mais je travaille avec beaucoup de femmes, je fais partie d’un événement  à définir dans un futur proche où l’on réunit des femmes (humoristes, chanteuses, comédiennes…) pour rappeler que nous sommes des forces créatrices et non des muses passives.

En quoi la danse a-t-elle changé ton rapport au corps ?

J’ai vu mon corps évoluer de plein de façons différentes. Au début comme une adolescente qui voit son corps changer, puis en tant que danseuse comme un outil et aujourd’hui, je le vois comme une femme libre et aussi peut-être comme une mère… En tout cas, c’est vers ça que je veux aller.

Ca ne te fait pas peur la maternité ?

Ah si énormément mais comme beaucoup de femmes… J’ai des amies danseuses qui ont eu des enfants et qui très vite reprennent  la danse, retrouvent leurs corps donc tout est possible.

Que penses-tu du body positivisme qui pousse les femmes à de plus en plus s’accepter comme elles sont, à apprendre à vivre avec leurs complexes ?

Je pense qu’on avait besoin de se le dire ! Je travaille beaucoup dans la mode et je vois bien que ce n’est pas évident de se défaire des diktats de la beauté. Les gens ne t’aident pas à t’accepter comme tu es. Ca ne va jamais, tu es toujours trop comme ci ou comme ça. On ne correspond jamais aux attentes des clients qui te voient comme un produit avant tout. Puis, je suis pour ma part, une éternelle insatisfaite donc ce n’est pas qu’une question de corps. Honnêtement, quand je vois les autres s’assumer, je trouve ça magnifique, quand c’est pour moi c’est un peu plus douloureux mais je me dirige de plus en plus vers cette voie.


C’est peut-être cela grandir aussi ?

Oui ! Sortir de l’enfance, porter la vie, enterrer son corps de jeune fille. C’est une étape que j’aimerais passer et que j’espère, j’arriverai à passer sans craintes. Il faut se rappeler qu’on n’est pas des super-héros !

En résumé, qu’est-ce qu’être belle naturellement ?

La beauté réside dans le désir, dans l’âme. C’est quelque chose qui relève de la chimie ! Le corps est une enveloppe et l’enveloppe est belle si tu la nourris bien. Je parle ici de toutes les nourritures spirituelles, ce n’est pas forcément que le physique. Je travaille dans des milieux où je vois des personnes belles dans la plastique mais pauvres à l’intérieur. Etre belle, c’est être nourrie par le corps et l’esprit, c’est apprendre à se laisser désirer, à s’accepter comme on est. Mon petit secret ? Relire des petites phrases, des choses qu’on m’a dit et qui me reboostent quand ça va pas. Il faut soigner ce qu’il y a de bon !

Propos recueillis par Pauline Weber

crédit photo @alexsocks

 

 

 

 

 

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